Le Théâtre que nous faisons

Dans les lignes qui suivent,
vous découvrirez notre définition
d’un théâtre docu-fiction.
Entre le manifeste
et le mode d’emploi,
nous cherchons
à y définir notre travail.

Theatre1

Rencontrer
Le théâtre que nous inventons naît de rencontres :
la nôtre au sein de la Caravane Compagnie
et celle avec les personnes que nous croisons
tout au long de nos projets.
Notre théâtre parle de ces rencontres.
De toutes les questions qui s’inventent alors.
Aller même jusqu’à privilégier ces moments d’échanges,
revendiquer le processus de création comme part essentielle
du spectacle.
Construire à partir de différents protocoles de rencontres.
Tout un amoncellement de fragments de vie, de regards…
A inventorier, juxtaposer, superposer,
transformer pour fabriquer notre théâtre.

Theatre3Être artisan
Faire du théâtre en artisan. Partir du réel.
S’éloigner des stéréotypes des images télévisuelles
qui nous présentent d’un côté des gens beaux,
maîtres de leurs destins, performants en tous points,
et de l’autre les petites misères de certains.
On admire, on s’apitoie…
On souffre de la comparaison avec les uns,
on se rassure en voyant les autres.
S’éloigner alors de l’écran pour chercher à faire un théâtre du réel.
Questionner la façon dont les êtres fonctionnent
les uns avec et par rapport aux autres,
travailler sur les codes sociaux qui nous régissent,
bien souvent à notre insu.
Être bienveillant. Chercher à être meilleur,
mais pas dans le sens performatif.
Chercher à avancer avec les gens,
en leur proposant de voir les choses sous un autre angle.
Changer de point de vue. Se servir du théâtre pour ça

Theatre5Écrire
Inventer un théâtre où il n’y a pas de héros.
Partir du théâtre que l’on connaît, qui nous a construit,
Minyana, Durringer, Renaude, Koltes, Vinaver.
Ou encore Duras, Fassbinder, Pinter…
Et bien sûr Jean-Luc Lagarce.
Ces auteurs qui racontent le quotidien, le banal, l’ordinaire, le presque rien,
qui disent comment on n’arrive pas à dire les choses.
Se dire qu’une situation n’est pas aussi simple qu’il y paraît,
que les choses ne sont pas noires ou blanches,
qu’il n’y a pas un personnage qui a raison plus qu’un autre.
Nous déployons un théâtre anti-climax.
Écrire. Mettre en lumière des mécanismes. Déconstruire des préjugés.
Et vouloir croire qu’en bricolant, en associant, en faisant des ateliers,
on change aussi un peu le monde

Theatre7Travailler le motif
Trouver une esthétique de la suggestion.
Voir comment les objets, les matières, les meubles, les couleurs,
les pièces d’une maison,
racontent les gens, construisent des personnages.
Travailler le motif. Travailler des fragments de paroles,
d’espaces, de textes, de sons.
Et à partir de toutes ces bribes, créer un ensemble, un (des) spectacle(s).
Transformer les objets pour en faire des supports de jeu.
Une caravane devient une maison, un buffet se transforme en castelet,
une porte sort de ses murs.

Theatre9

Être dehors
Rechercher un théâtre populaire. En sortant des théâtres.
Revendiquer la répétition sauvage, dans un square,
un parking, une allée, un hall d’immeuble, une maison…
Choisir des espaces théâtraux dans la ville,
dans les espaces publics, dans la nature.
Choisir de faire un théâtre social, considérer le théâtre
comme vecteur de lien social.
Aller parler dehors, là où ça circule, là où on se rassemble,
là où on trouble.
Ne pas chercher à être politique, et l’être pourtant en prenant pleinement sa place dans la ville. Observer l’ensemble des présences,
écouter les représentations de l’homme.
Mettre en regard les corps dans leur individualité.
Privilégier le fait d’être avec les gens
et défendre le théâtre pour ce qu’il est :
du temps partagé, une expérience commune
où chacun peut trouver une place

Theatre8Une distanciation
Aller parler aux spectateurs.
Donner à entendre les différents points de vues des personnages
sur une même situation.
Utiliser des panneaux. Prendre des images d’archives.
Écouter des enregistrements.
Faire un théâtre qui regarde vers le documentaire.
Donner aux spectateurs des clés pour considérer sans manichéisme
ce qui se dit, ce qui se passe.
Raconter un peu de notre propre vie. Faire du docu-fiction.
Mélanger nos regards à ceux des autres, mélanger les archives,
redistribuer les cartes.
Jouer de tous les supports de mémoire : les objets, les lettres, les maisons,
un buffet, une porte, des photos, un répondeur…
Construire un perpétuel jeu de réel fictionné.

Theatre6

Un théâtre docu-fiction
Et se dire qu’on ne fait pas pour autant de l’autofiction.
Voir plutôt ça comme un amoncellement, des strates
qui racontent la vie d’individus.
Cette multitude de petits détails qui constituent le monde.
Observer la vie des gens. S’en faire une matière vivante.
Écouter ce dont ils parlent et comment ils parlent.
Voir où ils vivent. Faire nôtre les objets qui les entourent.
Mâcher. Digérer.
Faire fiction. Rester au plus près.
Voir ce qui peut être de chacun. Et de tous.
Chercher à toucher l’universel en se basant sur la réalité toute bête.
Regarder le concret. Considérer les détails, le quotidien, ce qu’on mange,
ce qu’on entend, ce qu’on se dit et ce qu’on n’arrive pas à se dire.
Ce que chacun considère comme sien.
S’intéresser aux moments où il ne se passe rien.
Parler de comment on fait avec les autres, les voisins, les amis, la famille…
Se mêler aux groupes pour voir comment on s’y sent.
Entrer dans des maisons, rencontrer des voyageurs, des enfants, des vieux, des jeunes, des parents, des voisins, des tout-seuls,
des clans, des animaux de compagnie,
des à-leurs-fenêtres.

Theatre4

Faire fiction. Voir où on veut mettre des mots.
Et quels mots ? Les nôtres ? Ceux des gens ? D’auteurs ?
Vivants ? Morts ?
Peut être tous à la fois.
Raconter des bouts de nous avec des bouts des autres.
En faire mixture.
Chercher à créer des liens par une pratique qui s’étend.
Dans l’espace, dans le temps, dans les gens.
Aller à leur rencontre. Prendre notre caravane.
Discuter un bout. Ne pas parler de tout.
Ne pas chercher à résoudre quelque chose. Se mettre à distance.
Regarder ce qu’il y a de drôle, ou pas ; aller chercher là où il n’y a rien.
Se tromper parfois. Faire docu-fiction.

Theatre2

Et le jouer. Être en jeu.
Se retrouver au même endroit avec son temps et son espace.
Exposer des histoires. Les mettre en partage. Dans le pot commun.
Partager cette même intimité.
Pour considérer d’un peu plus loin les mécanismes qui nous régissent.
A notre insu.
Des familles à explorer. Des maisons à traverser.
Des langues à transmettre.
Construire des paysages.
Utiliser différents chemins en espérant se retrouver au bout.