CO-PIL ACTIONS CO’

Commande du Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine pour le forum des actions collectives à Rennes
Représentations : 15 décembre 2015 – Halle Martenot, Rennes

Le Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine a organisé le 15 décembre 2015, un forum des actions collectives à destination des travailleurs sociaux du département.

Ils nous ont sollicité pour imaginer une courte forme théâtrale qui interroge ces nouvelles pratiques d’accompagnement que représentent les actions collectives dans le quotidien des travailleurs sociaux et des usagers.
A partir d’entretiens avec les personnes concernées, nous imaginons une forme qui
représente et interroge l’accompagnement social aujourd’hui tel qu’il se pratique sur le terrain.


EXTRAITS DU TEXTE

Mon boulot ?
Je dirais que c’est d’aider la personne que j’ai en face de moi à s’épanouir dans la société dans laquelle elle vit. En l’occurrence en France. Quand une personne se trouve face à moi, j’ai un certain nombre de critère qui me permettent de définir si elle a des difficultés financières, relationnelles, sociales…
Pour faire simple, pour vivre en France, il faut quoi ? Avoir du travail, ou savoir en chercher, il faut avoir un logement, savoir gérer ce logement, gérer son argent, il faut se nourrir, il faut éventuellement le permis de conduire ou au moins un moyen de se déplacer, une couverture maladie, et ensuite si vous avez des enfants, il faut savoir faire toutes ces choses qu’on vient de citer, mais pour les enfants.
Mon boulot d’Assistante Sociale, c’est ça. S’assurer que la personne ait de quoi vivre dans la société.
C’est à ça que j’ai été formée.
Pas à créer du lien entre les personnes, enfin forcément je préfère qu’il y ait du lien entre les gens.
Mais je suis pas formée à inventer des actions collectives dont les effets sont pas quantifiables.

SE DECALER
L’action co elle me permet de voir un parent ou un enfant dans une relation en dehors de chez lui, en dehors de ses repères. L’action co fournit un cadre sécurisé où les personnes pourront accomplir quelque chose, que ce soit d’ l’ordre de la formation ou simplement de la rencontre. Et c’est des choses vers lesquelles les personnes en question n’iraient pas d’elle-même. Ça les oblige à se décaler, à changer de posture.
Et même si on prend la chose dans l’autre sens, ça fait que moi aussi je me décale. Je veux dire, en action collective, chacun sort de ses repères. Et c’est ce décalage qui est positif. Je vois les usagers dans leur « entièreté d’être humain » et pour l’usager c’est pareil. Je ne suis plus une femme tronc derrière un bureau.
Mais je comprends tout à fait que pour certaines AS ça soit pas possible. Ce changement de posture vis à vis de la famille qu’on suit, ça peut faire peur parce que ça oblige forcément à se dévoiler.

SURCHARGE DE DOSSIERS
La réalité c’est 60 à 80 dossiers à suivre en parallèle. La réalité c’est des dossiers à remplir, des demandes à traiter, des situations complexes à faire bouger, pour qu’un enfant soit pas placé, pour qu’une personne se retrouve pas à la rue… Et encore je serais en polyvalence, j’en aurais 400 des dossiers dans l’armoire de mon bureau.
La réalité c’est déjà bosser de 9h à 18h sans se laisser déborder par les situations inextricables des usagers.
Ma réalité c’est ce boulot, qui me passionne, mais avec ces limites-là. Je vis déjà chaque jour avec mes dossiers.

MOMENT SYMPA
Pour moi l’action co, c’est avant tout un moment de partage, de rencontre. C’est peut être des mots bizarre dans la bouche d’un travailleur social. Je veux dire quand je suis au moment de l’action collective, j’y suis au même titre que les autres, pour passer un moment sympathique. En même temps j’ai toujours en tête l’objectif de l’action. Je reste en observation et en analyse des comportements des personnes présentes.
C’est dans les détails que ça se joue, un regard, une attitude. Et parfois je distingue des symptômes, des dysfonctionnement mais aussi, je peux découvrir tout l’inverse. Comment un parent peut être beaucoup plus maternant, attentif que ce qu’il laissait paraître en individuel.

PAS SE METTRE EN DANGER
Passé 18h, je suis plus AS. J’ai besoin de faire la part des choses sinon, j’y serais constamment avec ces familles. Je peux pas assumer les galères des personnes au delà de la journée, au delà de la semaine.
Déjà, il y a des soirs où ça me dépasse, des nuits où je dors pas, où la vie des autres elle te poursuit une fois chez toi, dans ta propre famille.
Du coup, me retrouver à la mer en pleine semaine, ou au cinéma ou à ramasser des coques avec les personnes que j’accompagne, alors que normalement c’est des trucs que je fais en famille, pour me détendre, j’ai pas envie. J’aurais juste l’impression que tout se mélange et j’aurais plus aucun détachement possible.
Je dis pas ça pour me planquer. Mon boulot je le fais pleinement et j’ai dans l’idée que je le fais bien.
Mais pas au point de me mettre moi-même en difficulté.